Pourquoi l’ITRA, International Trail Running Association, nous tracasse ?

Coureur à pied, je m’ouvre de plus en plus au trail. Alors quand je reçois une invitation à une table ronde sur le sujet, je consulte mon planning, et je fonce. Ainsi, jeudi, à l’heure du déjeuner, je vais représenter la Runnosphère pour une rencontre avec les gens de l’ITRA pour un état des lieux face à la presse au sens large. Mais la présentation tourne vite au débat, assez électrique.

@ www.reactiongifs.com

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ITRA = International Trail Running Association

En bon élève, je me suis renseigné en amont et j’ai pu observer ici et là les controverses que cette association suscite. Le sujet est plus qu’houleux et très difficile. Le but de l’association : elle entend rassembler les acteurs du trail autour d’une politique et de valeurs communes, afin de collaborer et influer sur les décisions de l’IAAF (International Association of Athletics Federations). Louable comme truc, me dis-je !

Très compliqué mais super intéressant
Le problème de l’ITRA, c’est que les rênes de cette association sont en gros tenues par un couple. Le même couple, Mme et M. Poletti (gérante et président de l’ITRA), somme toute assez mal placés pour que les gens, les coureurs… les considèrent comme intègres.

Pourquoi ? Du fait de leur position.

En effet, ils sont par ailleurs organisateurs de  l’UTMB (Ultra Tour du Mont-Blanc), course à l’aura prestigieuse dans le milieu du trail. Et rapidement pendant cette présentation, la question de leur honnêteté se pose, avant toute réflexion plus approfondie.
Partant de là, tout devient plus difficile. En effet, être propriétaire de la course la plus emblématique du monde du trail, un sport montant qui catalyse pas mal les médias et le futur du running, et en outre présider une association qui se veut la plus rassembleuse possible, ça fait grincer, à juste titre. Un peu comme si le boss de Salomon montait la fédération du Trail !

Petit rappel au sujet de l’UTMB

@fydisneymisfits.tumblr.com

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L’UTMB est à mes yeux la plus belle réussite mondiale du trail. Très (bien) médiatisée, cette épreuve fait rêver beaucoup de coureurs et a fortiori, elle crée aussi des polémiques. En effet, l’UTMB présente la particularité d’imposer des normes complexes pour y participer. Les organisateurs, soucieux de contenir le nombre de partants pour arpenter les chemins du massif du Mont-Blanc, ont vite imposé un système de points que l’on récolte sur certaines épreuves.
Car participer à un trail de 170 km autour du Mont-Blanc sans montrer que l’on est capable de le faire pourrait être dangereux pour les coureurs et donc, de fait, les organisateurs. L’idée est saine et bonne… au départ.

Le procès de l’UTMB

Seulement voilà, ces points sont indispensables pour pouvoir prendre part ensuite à… un tirage au sort afin d’obtenir un dossard. Et ces mêmes points, ce sont les organisateurs qui en définissent les conditions d’obtention : participer à telle course plutôt que telle autre, et même suivre un stage qualifiant (initié par les Poletti) qui procure aussi des points, stage payant, qui plus est.

Ainsi par exemple, l' »Ultra » Trail d’Andorre, ses 170 km et ses 13 000 m de dénivelé, n’apporte aucun point pour l’UTMB… à cause d’un différend qui ne nous concerne en rien les coureurs (il n’a pas le droit de s’appeler Ultra Trail en fait).

Et voilà où le bât blesse : les organisateurs de l’UTMB ne font pas dans la dentelle. Ils se positionnent en juge et partie.

Donc la bonne idée de départ se révèle vite un système bancal à l’arrivée. Gérer l’ITRA et l’UTMB conjointement, avec des exigences drastiques et des enjeux économiques forts, cela génère rapidement critiques, jalousie voire haine.

De plus, on s’adresse ici beaucoup à des puristes, pour ne pas dire des montagnards, qui sont loin, très loin d’un cadre aussi mercatique. Quid du trail, symbole de liberté ? Et pourtant je pense qu’il faut en poser un de cadre justement.

@babaorun

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Mes questions et les points d’achoppement

> L’adhésion Pour adhérer à l’ITRA, chaque coureur devra s’acquitter de 5 euros en déclinant son identité et détaillant son profil médical, tout en sachant que certaines courses ne rentrent pas dans le cahier des charges permettant d’accéder aux points UTMB. Les organisateurs de courses eux, pour être estampillés ITRA, devront aussi verser une somme autour de 150 euros. Un point qui ne m’a pas choqué, pourtant les détracteurs de l’ITRA (la page « noItra sur Facebook notamment) dénoncent.

> Leur politique santé Cet exemple est tout à l’image de leur problématique. L’idée de base ? Pourquoi pas : elle consiste à récolter les informations médicales des membres coureurs de l’ITRA pour réagir vite en cas d’accident en course. Levée de boucliers directe : quid du secret médical ?

>  L’avenir du trail J’ai posé pas mal de questions et fait un parallèle avec l’essor du VTT que j’ai bien connu. J’ai même demandé si, à terme, l’association souhaiterait voir le trail devenir une discipline olympique. Qui dit JO, dit circuit de 5-7 km à faire X fois, et on perd tout le charme du trail… Pas de réponse concrète là-dessus, mais les évolutions possibles du trail nourrissent le débat.

> Les points ITRA Parallèlement aux courses qui apportent des points UTMB, certaines courses donnent aussi des points ITRA. Toutefois, les organisateurs de l’UTMB (donc le Président de l’ITRA et son épouse, vous me suivez ?) se réservent le droit de valider ou refuser telle et telle course pour l’obtention des points UTMB.
En gros, celle-là, ok, elle me plaît, l’orga est sympa, elle rentre dans les points UTMB, celle-là non, elle n’y rentre pas. Les époux Poletti nourrissent une situation ambiguë. Bof, bof, bof !

@tumblr

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Sentiment de Babaorun

Je débute dans le monde du trail et donc bénéficie d’assez peu de recul pour juger pleinement, mais j’ai le sentiment qu’il ressort de cette association qu’est l’ITRA quelque chose de bon au demeurant.
Oui, il faut poser un cadre au trail pour son évolution sportive.

Dans sa profession de foi, l’ITRA pose des fondements qui méritent qu’on s’y attarde :
«- développer et promouvoir le trail comme un sport à part entière, accessible à tous ;
– promouvoir son éthique sportive ;
– représenter ses membres au niveau international ;
– entretenir des relations constructives et collaborer avec les associations nationales de trail, les fédérations nationales et internationales ;
– promouvoir l’organisation de championnats de trail continentaux ou mondiaux ;
– contribuer à améliorer la sécurité et la santé des participants. »

@babaorun

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La famille Poletti n’aurait pas dû s’impliquer au point de figurer dans les instances décisionnelles et le bureau de l’ITRA, et encore moins en tant que Président de cette association. Cela casse toute crédibilité.

Trop de pouvoir nuit. Le gros problème réside dans ce fossé qui s’est creusé entre le (beau) discours et la méthode.

Pour en savoir plus :
Le site de l’ITRA
La page Facebook des No-ITRA

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