Témoignage marathon de Boston : 2h39 au km40, finisher en 4h08 !

Quand je rentre de Boston, mes anecdotes ne se cantonnent pas à MON marathon. Je parle beaucoup des courses de mes amis Weimar et Pascal (qui en parle avec beaucoup d’intensité sur Runners.fr), mais il est une histoire qui m’a particulièrement marqué.

never give up boston marathonCelle d’un autre coureur français croisé sur la ligne de départ, qui semblait stressé mais m’a dit être plutôt très concentré. Quoi qu’il en soit, son marathon s’est révélé suffisamment singulier pour que je le cherche et le retrouve (vive les réseaux sociaux !).
Il a bien voulu nous livrer son témoignage et nous l’en remercions chaleureusement.  Je ne vous en dis pas plus, lisez plutôt ce récit de course incroyable !

 

Un marathon peut-être, mais surtout, une expérience !

J’ai croisé Jean-Christophe sur la zone du départ du marathon de Boston, où nous avons partagé l’attente. Après l’arrivée, il a eu la gentillesse de prendre de mes nouvelles, et au regard du «déroulement» de ma course, il a pensé que mon récit pourrait trouver sa place sur ce blog. Voici donc un résumé de mon expérience.

Des chronos prometteurs

Rapide présentation : j’ai 34 ans, je cours régulièrement depuis 4 ans, trois à quatre fois par semaine. J’ai déjà couru deux marathons, Paris 2011 (en 3 heures 09) puis Berlin 2012 (en 2 heures 53). Profitant de ce temps qualifiant,  je m’étais inscrit à Boston.

J’ai pour ce marathon suivi un plan sérieux, entre 5 et 6 séances par semaine pendant 8 semaines. Le plan s’est très bien passé, et j’arrive en bonne forme, capable en théorie de courir sur des bases un peu inférieures à 2 heures 45, mais conscient que le parcours de Boston nécessiterait de s’adapter.

départ boston
Se mettre dans le bain

J’arrive à Boston le mercredi soir pour m’acclimater.

Je ne reviens pas sur les points développés par JC, mais naturellement : super ambiance, superbe ville, des gens incroyablement motivés pour préparer l’événement, une organisation géniale.

La météo est presque parfaite (un tout petit peu chaud peut-être), et donc je suis vraiment content d’être au départ. Je n’ai jamais vu une ambiance pareille et d’ailleurs je crois que ça n’existe pas vraiment. C’est comme au Tour de France. Pendant 42km, les gens hurlent tout le temps, encouragent, poussent. Dingue !

Le parcours est, lui, une bonne saleté !

profil de course marathon de bostonJe le savais, je l’avais lu et bien étudié.
Mais vraiment c’est dur.
Presque jamais plat.
Et même si ça descend souvent, les descentes en marathon, c’est d’une certaine façon pire que le plat pour les muscles. Autre traquenard : autour du 30e, 4 côtes assez connues se succèdent. Et un marathon n’a pas tellement besoin de côtes au 30e !

Mais je me dis qu’à l’impossible nul n’est tenu, et j’envisage quand même un bon temps en essayant de gérer le truc.

Je veux donc partir sur des bases un peu inférieures à 2 heures 45 pour la première partie assez descendante, tenir sur ces bases jusqu’aux 4 côtes, et faire le point en haut de la dernière pour voir comment je me sentirai.

Dès le départ, les sensations ne sont pas excellentes

Des douleurs dans le ventre – classiques pour moi- surviennent beaucoup trop tôt. Mes jambes sont un peu lourdes. Bref, je sens que je ne suis pas dans un grand jour. Mais je me dis que je dois pas trop en tenir compte, que je sais ce que j’ai à faire.

Je m’en tiens donc à mon plan en essayant d’être assez souple dans les descentes, et assez conservateur (c’est relatif, bien sûr) dans les montées. Je passe au semi en 1h21’40. Aujourd’hui, je me dis que c’était probablement trop vite sur ce parcours, mais sur le moment, ce n’était pas délirant au regard de mon plan et de mes séances d’allure.

cheering marathon de bostonDe bons temps de passage

Je ne me sens alors pas trop entamé, et je suis un rythme vraiment régulier si on regarde mes temps de passage tous les 5km (19’12 ; 38’37 ; 58’06 ; 1h17’29 ; 1h36’50 au 25). Je pense que je me ferai peut-être rattraper par des crampes ou des douleurs aux cuisses -c’est souvent le cas sur ce parcours- mais rien de cela ne survient.

Sur les ravitos, aux km10, 20 et 30 km, je prends 3 gels GU. Et  je bois un gobelet d’eau toutes les 20’. Est-ce suffisant ? J’ai du mal à boire plus de 3-4 gorgées à chaque fois.

Les fameuses côtes

Ce qui est sûr c’est que les 4 côtes sont dures.
Foulées raccourcies. Je me focalise sur le rythme à tenir.
Je ne suis pas du tout à l’arrêt, ni en train de marcher. Je me fais doubler pas mal je crois mais je monte encore à 13km/h sans trop de peine.

Quand j’arrive en haut de la dernière, je me sens bien cramé mais me dis « c’est normal, c’est un marathon, maintenant si tu relances dans la partie finale -globalement descendante-, ça peut passer vers les 2h45 ».

Là, je mésestime sûrement mon état

Je dois être plus fatigué que je ne le pense. Parce que je relance assez fort, en 4’ au kil. Les kilomètres défilent vraiment dans la douleur, mais pas trop lentement.
La foule se montre de plus en plus folle.
En fait, le bruit devient presque saoulant et énervant, tellement c’est fort.

Et puis boum !

dd07cf19b99dd32411e5148e317eb7d4J’arrive au km40 que je passe en 2h39, et… boum !
Je m’évanouis.

Je ne me souviens de rien.
Ni des minutes qui ont précédé, ni de ce qui s’est passé.

Je me réveille sur une petite voiturette type voiture de golf, entouré de secouristes, avec des crampes partout. Je ne comprends RIEN.

Ils m’emmènent sous une tente où d’autres prennent le relais. Vraiment je ne me sens pas terrible : incapable de me souvenir de mon âge, d’un quelconque numéro de téléphone pour prévenir ma famille (qui est en France, je suis tout seul sur place, ce qui a posteriori est une bêtise).
Finalement, on me colle sous perf’ et je reste plus d’une heure dans les mains des secouristes, dont 45′ vraiment pas au top. Je parviens à m’asseoir et ils me disent : « Ok, now go, go to the finish line! ».

La gnaque à l’américaine, c’est ça !

Le mantra de l'édition 2014... pour tout le monde !

Le mantra de l’édition 2014… pour tout le monde !

Oui, les secouristes veulent que je finisse !
Moi je vois des étoiles, et franchement, je suis déjà tellement déçu que finir… mais ils me convainquent avec un argument fort : l’alternative étant l’hôpital !

Alors je repars en marchant, afin de parcourir les 800 derniers mètres, dans une ambiance qui en soi demeure vraiment géniale, mais qui là, m’apparaît assez triste pour être franc. Je passe la ligne dans un état moyen, mais je la passe… en 4 heures 08.
Je prends la médaille et finalement, je me dis qu’ils ont bien fait de m’avoir poussé à finir.

Une expérience vraiment particulière

Bravo !

Bravo !

J’ai repris mon avion le soir même et depuis, je rumine.

Je vais essayer de comprendre. Je dois voir un cardio, passer pas mal d’examens aussi, avant de pouvoir recommencer.

Pour l’instant, je suis interdit de sport, ce qui est le pire pour moi !

La conclusion la plus probable ? Qu’il n’y ait rien de particulier. De toute façon, j’arrive à un âge auquel la poursuite d’une activité sportive régulière voire intensive justifie un bilan un peu sérieux. Juste une étape avant la suite !

 

Ce contenu a été publié dans Courses, avec comme mot(s)-clé(s) , , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

14 réponses à Témoignage marathon de Boston : 2h39 au km40, finisher en 4h08 !

  1. Thepinkrunner dit :

    Très émouvant et très enrichissant surtout, comme quoi le Marathon quoi qu’on en dise n’est pas une chose aisée et ce quel que soit le niveau!
    Olivier GAILLARD a longtemps buté sur cette distance avant son chrono énorme de cette année à ROME.
    J’espère seulement qu’il trouvera ce qu’il s’est passé physiologiquement et qu’il pourra recourir très vite.

  2. Coptere dit :

    Merci pour ce récit ! Belle leçon de courage à l’américaine 🙂
    J’espère en premier lieu que les résultats des examens seront bons et que la reprise du sport pourra intervenir rapidement.
    Pour revenir sur la course … Les chronos réalisés donneraient presque envie d’y retourner en 2015 non ? 😉

  3. julien dit :

    Ça c’est du mur !
    Bon j’imagine que le pire est surtout de ne pas savoir ce qu’il s’est passé et d’essayer de trouver une cause logique,mais peut-être que le corps à simplement déclenché le signal d’alarme automatique malgré la volonté qui te faisait continuer à courir…

  4. DaJo dit :

    Impressionnante, bluffante même cette attitude des secouristes américains…
    Merci pour ce récit en tous cas !
    Bon courage pour la reprise

  5. Daremarathon dit :

    super recit dramatique
    on voit ca qu au marathon ou Ironman
    merci pour nous l avoir partagé

  6. Great story! Yes it is not over until it is over! This will be a medal to cherish i had a similar experience with my first marathon in 2009… I finished in 4h 59 h 27 i was « dead man moving  » but i managed to give everything that i had to finish under 5 hours!

  7. Valcox dit :

    Tout à fait étonnant ! Inquiétant, même … Aucun précédent ? Aucun signe avant-coureur ? Incroyable, en effet. J’espère sincèrement que les médecins pourront éclaircir ce mystère, et surtout écarter tout problème sérieux. Bon courage pour ce sevrage forcé !

  8. Fredrun dit :

    On savait que tout pouvait arriver dans le football. On voit que c’est pareil dans la course à pied ! Vraiment étonnant ce qui s’est passe au 40eme… Crise d’hypoglycémie ? T’étais tu bien alimente pendant la course ? Quoi qu’il en soit, un grand bravo !

  9. Oliv dit :

    Bravo c impressionnant !

  10. Ping : Sélection d’articles running – avril 2014 | Face au vent

  11. zoé dit :

    Dingue! Toujours est-il que tu finis plus vite que moi!

  12. rms131096 dit :

    Magnifique récit. Une belle leçon d’abnégation même si j’imagine ta déception. En tout cas bravo aussi à JC de t’avoir retrouvé.
    En un mot : merci

  13. fred dit :

    Des nouvelles du Monsieur?

  14. Ping : Joie totale au marathon de Berlin | BabaOrun

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *