Le marathon du Mont-Blanc de JC, c’est la lutte finale !

Ce dimanche, je ne verrai pas les sommets. La météo m’en a empêché. C’est la pluie qui m’accompagne sur cette édition 2014 du marathon du Mont-Blanc. Comme quoi les années se suivent, mais les courses ne se ressemblent pas !

Le Mont-Blanc gris @babaorun

Le Mont-Blanc gris @babaorun

A la mi-juin, ne lâche rien (proverbe chamoniard)

Mon année se résume en 3 objectifs : le marathon de Boston en début de saison, le MMB au milieu, et la SaintéLyon en toute fin d’année. Pourtant, les blessures s’enchaînent depuis novembre dernier. Pas une course sans avoir mal quelque part, pas une journée sans sentir plus ou moins ma douleur.

AL : Vieille chose va !

Ok mais j’ai passé l’étape de Boston du mieux possible, croyant que je serais plus tranquille ensuite. Que nenni ! Je pars sur le marathon du Mont-Blanc sans visibilité. Le brouillard.

Changements au sommet

IMG_8518Samedi soir, un sms m’annonce un parcours de repli en raison des fortes pluies et du vent prévus. Le départ se fera comme d’habitude de Chamonix, mais au lieu d’arriver à Planpraz, nous retournerons sur Cham’. On évitera aussi les aiguillettes des Posettes.

Ce nouveau parcours est dit plus roulant. Mais qui dit plus rapide, dit sans doute descente plus brisante… pour moi. Je vous explique.

Contrôle technique

Physiquement, je sens que ça passe à peu près malgré tout, mais je pars en sachant que je peux à tout moment abandonner.

AL : Tu me fais peur à prendre ce départ,  espèce de bourricot, je ne crains pas tant pour ton aponévrosite mais plutôt pour le reste…

En effet, la douleur au pubis et à mon adducteur droit (pubalgie récidivante), quand elle se réveille, bloque vraiment ma foulée. Impossible de l’agrandir et de prendre des appuis de côté dans les descentes (d’où les crampes subies au Lozère trail).

Et au-delà des douleurs générées par ces blessures à répétition, le mental n’arrive pas toujours à prendre le dessus. J’ai consacré beaucoup d’énergie à me battre contre tout ça. Et rester ambitieux en ayant mal à un nouvel endroit en plus de mon pied devient compliqué.

Départ mouillé, coureur comblé ! @O. Picard pour Babaorun

Départ mouillé, coureur comblé ! @O. Picard pour Babaorun

Encore un matin épique avant une course

Ah, oui ! Lever à 5h du mat’ pour une course à 7h. Le temps est bien pourri, comme annoncé. Je mange léger, car le départ est dans moins de 2 heures. Je lis tranquillou le journal. Tellement cool que je me retrouve à la bourre. Comme souvent sur les courses ! Comme si je fuyais inconsciemment l’événement.

On quitte l’hôtel (à 3 km de Cham’) à 6h40 ! Seul avantage : je ne vais pas gamberger à attendre sous des trombes d’eau. La température a chuté et la pluie tombe sans discontinuer. Cela ne m’inquiète pas plus que ça.

AL : Je dépose JC et laisse passer une voiture. Le passager me fait un signe de remerciement et un sourire, wahhhh c’est KIKI (aka Killian Jornet). De m’avoir croisée lui portera chance puisqu’il va gagner la course !

De mon côté,  je zappe l’échauffement, pas le temps. 3′ avant le start, je me place juste derrière les élites. Le peloton m’apparaît hyper international, l’épreuve est estampillée « Championnat du Monde de Skyrunning ».

C’est parti mon Kiki (llian) !

Comme toujours, la foule est super chaleureuse. Oui, même à 7h du mat’ sous les parapluies !

Début de course, au Lavancher @ Frédéric Poirier pour Babaorrun

Début de course, au Lavancher     @ F. Poirier pour Babaorun

Je file à 14-15 km/h sur les pistes de ski de fond. Tout en contrôle pour ne pas monter dans les tours, surtout à froid et avec ce qui m’attend. De toute façon, mon départ est plus prudent que l’an passé.
Je veux gérer un max les 2 premières heures, et me donner plus à partir du balcon sud, soit les 12-13 derniers kilomètres et ses 1000 m de dénivelé +/- fort difficiles.

Très vite, dès les premières petites côtes avant Argentières, je sens que je n’ai pas de force du tout. J’étouffe à l’effort et pourtant je ne vais pas vite, je contrôle tout au cardio. 160 pulses.
Sachant que mon max est à 177, je suis dans une zone où je devrais être à l’aise – ou pour le moins en maîtrise. Mais là rien. Dans l’ascension suivante, ça ne répond pas. Pire, je toxine. La gamberge monte elle très haut…

Qu’est-ce qui se passe bordel ?!

C’est dingue. Je veux être facile en courant « tranquille », et voilà que je souffre trop ! Pffff… Je m’accroche un temps soit peu en me disant qu’il y aura bien un moment où j’irai mieux.

AL : tes blessures ?

Non, pour le moment, mes bobos sont à peu près sous couveuse. Mais pas de patate !
J’aperçois un membre d’Urban Running qui a fait son 80 km vendredi et qui m’encourage. Merci Jean-Yves, tu connais bien la vallée toi ! Ce sont des petits trucs comme ça qui te boostent.

Selfie de support crew @babaorun

Selfie de support crew @babaorun

Vallorcine avant la ruuuuuude montée des Posettes

Je passe au premier ravito sans avoir la moindre idée de mon classement . Je vois tout de même que je suis avec des élites féminines, ce qui me situe pas trop mal, mais de toute façon, je n’ai pas l’esprit positif.
Je croise du regard Alexandra qui lâche un : « oh putain… » Je me dis, ça sent le truc raté avec AL.

AL : Je suis là, prête à tendre un nouveau bidon Isostarifié, mais je ne te vois pas passer. La loose ! Je stresse, de peur que tu ne manques d’eau (remarque, tu n’aurais qu’à ouvrir la bouche !).

Et oui, je la rate et ne la voit pas. Snifff, mais je suis en autonomie donc je peux aborder sans problème la suite. Hum !

Je me fais immortaliser par Frédéric Poirier, qui découvre le marathon du Mont Blanc. Top cliché comme souvent.

A Argentières et à Vallorcines (km18) @babaorun et Frédéric Poirier

A Argentières et à Vallorcines (km18) @babaorun et Frédéric Poirier

Allez, faut monter. 700 m de dénivelé en 4 km, et la pluie qui redouble de violence. En haut du col à découvert, on frôle le zéro degré. J’enfile le Goretex et ne pense qu’à… bâcher ! Mon pubis commence à grincer, et puis je rêve de canapé bien chaud, devant un beau match de la Coupe du monde. Je me dis que je n’ai pas envie d’aller à l’Etape du Tour (le Tourmalet le 20/7), même avec les potes. Je n’ai plus envie d’épreuves qui demandent à mon corps.

Quelque peu en détresse psychologiquement, mais je poursuis

Je ne peux pas relancer du tout, mais je cours quand ça devient un peu moins pentu, et marche selon la côte.
Au sommet des Posettes, nouveau ravito et poste de secours. Les mecs sont hyper exposés à la pluie et au vent. Je passe doucement et les remercie d’être là, il caille tellement. Chapeau !

Et c’est parti pour 25′ de descente. Je n’avance pas, et mon esprit est toujours aussi down. Il me tarde d’arriver en bas pour mettre la flèche. J’ai de plus en plus mal et n’arrive pas à me lâcher dans ces pentes comment dire, hyper inclinées ! Larges, pas tellement techniques, mais qui te brisent les cuisses. Une fois en bas, après avoir perdu encore pas mal de places, je m’attends au pire.

La phrase de relance

Ben non. Ce n’est pas pire. Pas super, mais pas pire. De toute façon, mes sauveurs (ma « support crew ») ne sont pas là. Donc, je continue jusqu’à ce que je les retrouve. Tiens, un gars me double dans une partie un peu technique mais moins raide. Et voilà que j’arrive à le suivre…

Enfin le ravito. Anne-Laure crie « Mon Amour », comme un code entre nous pour que je la reconnaisse – dans le doute ! Je stoppe au ravito et lui dis que je vais arrêter. Je n’avance pas. Mais elle n’embraye pas dans l’empathie et me dit : « mais il ne reste que 12 km ».

AL : Et surtout je ne dis pas « 12 km et…. un putain de sommet ! »

J’ai donc fait 30 km moi ? Qu’est-ce que ça passe vite un trail… 30 km vs 12 ? Hmmm ok. Mais quels 12… Je me souviens de l’an passé où diable, la course commençait là, tant le balcon sud est costaud. J’avale 2 Tucs (très tendance sur les trails les Tucs). Je souris à mes amis, Olivier saisit ce moment en photo. Et je repars. Pourquoi et vers quoi ?

Killian passe, JC mange ses tucs, il fait toujorus aussi beau ! @ O. Picard pour babaorun

Killian passe vite, JC mange ses Tucs, et il fait toujours aussi beau ! @ O. Picard pour babaorun

Renversement de situation

Et ça remonte de suite. Il reste 1000m de dénivelé et idem en descente. Je ne regarde plus que ça. L’addition des ascensions et l’altitude où je me situe. Et puis j’avance. Je ne me fais plus doubler… pire mieux, je double ! Nan ? Si !

La machine repart. Oh, pas le turbo non plus, mais ça répond davantage. On aborde une montée et une descente ultra techniques dans les pierres mouillées et les racines trempées. De la bonne racine qui glisse comme une savonnette.

Le balcon sud est tellement beau et technique, que le temps passe super vite. Je commence à prendre du plaisir dans cette course, fichtre alors ! On arrive avant la dernière montée vers la Flégère. Je me rapproche des dizaines de coureurs qui grimpent. Je cours là où ils marchent ! Je suis enfin dans le coup.

Arnaud, un copain des Etoiles, est là au milieu de nulle part. Il a gazé très fort la veille en finissant 9e du Cross. Top ! Il court avec moi sur 500 m. Il prend le temps de me décrire le final :
« – Encore 500 m de montée, du plat puis que de la descente jusque l’arrivée.
– Comment elle est ?, demandai-je, inquiet.
– Gros mur sur du large, puis une grande partie hyper technique et de nouveau plus large et très très pentu, me dit-il.
– … »

La surprise

Arrêt au ravito pour un petit de coca (oui, il m’arrive de boire du Coca !) et j’attaque le mur. Je parviens à ouvrir ma foulée. J’ai mal au pied quand ça tape, pas de miracle non plus.

Le finish de JC @babaorun

Le finish de JC @babaorun

On prend le single. Purée, il avait raison, méga technique.
Allez mon coco, lâche-toi. Tu es super lucide. Je double des coureurs en descente, oui, moi. Un, puis deux, puis trois… Poh poh poh. Je m’éclate. Je saute, je glisse, je cours, je double. Un bout de plat pendant 500 m. Je mets les gaz et largue le « vieux » v1 qui me talonnait.

Je regarde ma montre : Cham est à portée de dénivelé, plus que 100m de D-. J’arrive sur le goudron. Reste 1 km de plat. Je cours comme un dératé avec ce qui me reste. 16-17 km/h. Je sens des mecs sur mes talons. Je ne lâche rien.
La foule est là. Frissons !
Dernier virage, reste 20 m et personne ne m’aura passé !

Yessss ! Je l’ai fini ce marathon !

4 heures 21, 93e, 32e Français au scratch et 14e vétéran.
Je suis content, ému, très ému.

Un JC content et ému aux larmes @ O. PIcard, A. Olliver, Babaorun

Un JC content et ému aux larmes @ O. PIcard, A. Ollivier, Babaorun

Quelle plaisir aussi de croiser mon ostéo préféré Benoît Nave, et de retrouver d’autres amis : Sophie et François des Etoiles du 8e, Jean-Jacques de Malakoff, et mon support crew préféré !
La perf n’est pas là, mais qu’importe, j’ai été la chercher cette course au fond de moi. J’ai couru tout ça en Hoka Rapa nui, des shoes qui auront vraiment donné entière satisfaction. J’ai trouvé mes chaussures de trail je crois.

AL : un vrai guerrier !

J’ai enfin retrouvé du plaisir dans la vitesse. Je me suis enfin battu sans subir. Et dans la descente, ce fut même enfin un brin fun ! Enfin oui enfin.
42 km, c’était pas presque trop court aujourd’hui ?!
A bon entendeur…

A G. avec Benoît, à D. avec Sophie et François @babaorun

A G. avec Benoît, à D. avec Sophie et François @babaorun

> Lisez aussi le CR d’AL pur son drôle de 10km
> Relire le CR du marathon du Mont-Blanc 2013
> Les questions que JC et AL se posent (l’un à l’autre)

 

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10 réponses à Le marathon du Mont-Blanc de JC, c’est la lutte finale !

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  2. Ping : Trails du Mont-Blanc : Les questions que se posent AL et JC (l'un à l'autre) | babaOrun

  3. adrien dit :

    Whaaa ! quel superbe compte rendu ! j’en ai la chaire de poule ! C’est vrai ce que dit anne laure, tu es un vrai guerrier ! Merci à vous deux pour nous avoir fait partager ce superbe moment ! Bravo JC je suis comme toujours tellement admiratif !
    A bientot !
    adrien

  4. Daddy The Beat dit :

    Moi aussi j’ai vibré en lisant ce CR. C’est fou de voir que derrière le découragement se cache parfois un plaisir insoupçonné. Punaise j’ai le même problème au niveau du pubis. Il me faut 5-6km pour que ce soit assez chaud et que la douleur disparaisse mais elle ne tarde jamais à revenir.
    Est-ce que tu fais des soins particuliers ? Que fais-tu en prévention ? Quand je contracte les abdos pour me lever le matin c’est déjà compliqué… Je sens que ça me handicape beaucoup sur les épreuves de vitesse ou en descente.
    En tout cas, bravo pour ce marathon, après avoir lu ce CR ça donne vachement envie !

    • Jean-Christophe dit :

      Tu tiens un début de pubalgie semble t’il…
      Déjà, ne plus faire d’abdos du tout dans un premier temps.
      Ensuite il faut libérer ton bassin un max avec différents étirements.
      Tu as mal en toussant ou éternuant ?
      J’ai des exos à t’envoyer si tu veux

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