Apprendre toujours et encore – CR marathon de Toulouse

Prendre la décision de faire un marathon n’est pas une mince affaire. Non seulement la préparation de longue haleine est très prenante, AL en sait quelque chose, mais en plus, la course et son résultat ne sont jamais écrits d’avance. C’est toujours et encore une nouvelle histoire qui commence et personne ne sait comment elle se finit.

Autant sur un 10km, voire un semi, on arrive à contrôler pas mal de paramètres, et le résultat correspond souvent à ce qui avait été prévu. Sur un marathon, l’aventure se complique.

Comment j’ai préparé Toulouse ?

Marathon de Toulouse

Ahhh la banlieue toulousaine, mmm !

 

Pour Toulouse -ma 4e expérience-, je m’étais entraîné très correctement, en respectant un plan dessiné par Olivier Gaillard, à raison de 6 séances/ semaine.
Ma blessure au tendon d’Achille s’est estompée  au fil des kilomètres. Aucune séance n’a été annulée.

Il ne me restait plus qu’à gérer la fameuse phase de tapering (oh ça va, non, c’est pas un gros mot ; je vous traduis en gros = affûtage). Période souvent délicate que l’on attend pourtant, car elle signifie la fin des entraînements longs et difficiles.
Seulement dans cette période, le corps en tension se relâche. C’est à ce moment que bon nombre d’athlètes se blessent ou attrapent une angine, un rhume ou autre truc à la noix. Le mien était sur la corde raide.

Bulletin de santé

Dès le km5 @Olivier Gaillard

Dès le km5
@photo by Olivier Gaillard

Il aura juste fallu d’un petit dîner avec des amis runners dans les courants d’air, pas assez couvert, et hop un virus débarque dans mon organisme foutre son bazar.

AL : Pourtant, on le répète souvent «Sortez couverts», ah les vieux  sensibles aux courants d’air… !

Impossible de me soigner avec les médocs efficaces en ces moments-là, la cortisone faisant partie des produits dopants. De J-6 à J-1, j’étais HS. J’ai essayé de rester positif et de prendre le départ le plus relâché possible.

To win à Toulouse (on m’a obligé, désolé)

Relâché c’est proche de détaché ?
Après une relative bonne nuit (malgré une toux bien pénible), me voilà sur la ligne de départ. Bizarrement, peu émotif.

AL : Oooooh, c’est parce que j’étais pas là ?!

Pan. Je pars.

3’40 au premier kil. L’allure est légèrement vive, pourtant c’est quasiment celle que j’ai travaillée. La course s’annonce roulante mais dure, car la chaleur s’annonce. On parle de plus de 25 degrés dans la dernière heure. Qu’à cela ne tienne, j’aime ça et je vais bien m’hydrater et m’arroser.

Je cours donc sur des bases de 3’41 pendant 10km (37’10), puis passe légèrement moins vite au semi -ça reste correcte (1h19’23 ») et j’y crois encore même si je sens que je me crispe. Surtout là où j’ai ressenti les courbatures de la semaine : le haut du corps, les trapèzes et la nuque.

AL : Et pendant ce temps-là, tes enfants et moi stressons devant un écran d’ordi complètement pixellisé en voyant s’afficher des alertes Facebook avec des temps bizarroïdes !

Dans le dur @Yann Ilhardoy

Ayé, dans le dur
@photo by Yann Ilhardoy

Au 22e km, je perds le groupe avec lequel j’ai démarré, car j’anticipe une fin de marathon terrible. Parmi ce groupe, un copain avec qui j’échange beaucoup sur Dailymile, Sébastien Larue. On s’estime de même niveau, à quelques secondes près. J’ai donc essayé de le suivre 22 km durant, autre erreur ! Sébastien n’ayant pas eu de souci de santé, pouvait continuer sans souci. Moi en revanche…
Pourtant, je gère la chaleur ainsi que mon manque de forme notoire tant bien que mal. Puis, je me dis à ce moment-là que m’accrocher serait suicidaire !

Là je ne sens pas la chaleur. J’entends mes pieds faire floc-floc de m’être tant arrosé. J’ai bu aussi hyper régulièrement,quasi tous les 2,5 km.

Faut-il savoir lever le pied ou ne pas s’écouter ?

Je ralentis fortement.

photo_526d76565e641Nous traversons une zone pavillonnaire. Personne. Que des coureurs qui souffrent. Car là oui, depuis qu’on a passé le demi-tour plein nord et qu’on se tape le soleil de face qui ne cesse de monter, je vois mes comparses davantage « déambuler » que réellement courir. Sauf quelques exceptions qui se sont bien gardées de partir vite. Les malins !
Au 30e, je croise le coach de notre team du club de Malakoff, Olivier, qui me rebooste avec quelques mots simples. Tout le monde à la dérive pense au classement par équipes !

Je stoppe pour la première fois de ma vie à un ravitaillement durant une course sur route. Ooohhh trois secondes, mais je voulais prendre le temps de choisir une boisson énergisante avec du sel dedans ! Encore un éclair de lucidité bien tardive ! Trop ?
Un gel légèrement dosé à la caféine et me voilà reparti pour 10 km, pas si mal. Je retrouve un peu de fréquence dans mes pas et j’essaie le plus possible de ventiler pour débloquer le haut. Je double de nouveau des coureurs. 10-15. Ça sent le mieux.
Quelques-uns me dépassent tout de même.

 

Un finish hardissime

photo_526e74ef8b682

79e au général, 57e au championnat de France et 27e V1

Km 38 : on rentre en ville, enfin au cœur de Toulouse. Mon coéquipier Cosimo me rattrape, mais bute aussi… Il est dans le dur et souffre de crampes. Nous resterons 3′ ensemble…
Km 40, je recoince. Mes jambes n’ont plus d’amplitude, plus de vitesse. De nouveau.
Je retombe à 14 km/h et je sens mes bras ultra-tendus. Il ne manquerait plus qu’une crampe au bras survienne tiens !
41 je croise Philippe Albinet/Jahom qui m’encourage et semble presque déçu…
On arrive près du Capitole, c’est l’arrivée.

AL : Et là, chez nous, la Freebox saccade l’image, je fulmine mais on te voit arriver, tes enfants sont au taquet, moi aussi !

Belle ambiance digne de la taureaumachie ! Je suis mis à mort ! 2h47’37 ».
Je passe la ligne ; Benoit Gandelot est là pour m’accueillir et m’encourager. Je me sens bizarre. Pas d’émotions, pas vraiment de fatigue. Étrange.

Aurais-je du faire ce marathon avec cette santé balbutiante ? Quelques questions me viennent. On attend les collègues. Cosimo lâche les larmes, se dit déçu et souffre de ses crampes.
Marie-Amélie arrive et passe la ligne avec une belle perf’, puis l’après-ligne tout aussi vite… Elle voulait peut être continuer un peu…

J’étais aussi là pour une place en  équipe, mais le 3e vétéran est parti à la dérive et finira à près de 30′ de ses meilleurs temps… Ça aussi n’aura pas marché.

Bilan : on apprend toujours

Place Dossard Nom Catégorie Club Temps officiel
79 151 SAVIGNONI Jean-christophe VH1 Usm Malakoff 02:47:37
Résultats Équipes | Marathon – TCM
5 8h15’50 » USM MALAKOFF 2h37’28 » (135), 2h47’37 » (151), 2h50’45 » (318)

Il fait chaud ? Je baisse mon allure de 5″ dès le départ. Et je prends une boisson avec des sels minéraux dedans.Le corps est fragile ? Je prends extrêmement soin de ne pas l’affaiblir et me protège de tout virus !

AL : Eh beh, quel dur bilan ! Tu as l’air tout contrit…

Non, je ne suis quand même pas si déçu car j’ai pris, comme toujours, du plaisir dans la préparation.
Pour mon 4e marathon, je ne mets qu’une minute de plus que sur mon 2e meilleur temps (2h46 en 2003 et 2011), obtenu à Paris. Et puis, j’ai aussi enfin couru un marathon ailleurs que dans la Capitale.

Enfin, je ne me suis pas laissé battre par l’équipe de la Runnosphère : Jahom, Je cours Paris, Run reporter run et Emmanuel d’Isostar (Greg ayant eu trop peur de moi a déclaré forfait ! haha), qui couraient en relais, et ont fini en 2h48. Et ça, c’est déjà une petite victoire !

Maintenant place à la récup et ensuite le travail pour mon objectif de 2014 : Boston !

AL : Encore un marathon où je ne pourrais t’encourager, sniff… Mais je vais m’occuper de ta récup 😉arrivee_rene-maltete

Quelques précisions

> Plan d’entraînement de 8 semaines
   Entraînement > entre 100 et 135 km/semaine
Particularité : une fois par semaine en biquotidien, donc une journée complète de repos        possible tout en augmentant le volume. Travail d’allure marathon la veille des sorties            longues.
> Chaussures utilisées à l’entraînement et pendant la course : Adidas Boston 4
> Régime « high fat et low(er) carbo« 

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30 réponses à Apprendre toujours et encore – CR marathon de Toulouse

  1. DaJo dit :

    Chapeau ! Je ne parle pas du chrono, qui laisse rêveur bon nombre d’entre nous, mais de l’état d’esprit pour y aller quand même malgré cette mauvaise dernière semaine et pour ne pas renoncer quand on rentre dans le dur.
    « Aurais-je du faire ce marathon avec cette santé balbutiante ? » => prévoir un plan B (Nice ?), un marathon de repli une ou deux semaines plus tard pour tenter quand même de récolter les fruits d’une bonne prépa ? = 3e leçon ?

    • Jean-Christophe dit :

      J’y ai pensé figure toi la semaine dernière avant le marathon. Mais il faut relativiser. 1/ j’étais là aussi pour le club et 2/ je ne suis pas un champion dans le sens où ça marche tant mieux, ça marche pas tant pis.
      Fini le résultat  » à tout prix… »

  2. Philippe dit :

    C’est « marrant » ce que tu dis. Quand j’étais dans le métro qui me ramenait vers l’arrivée après mon relais, un rapide calcul m’a fait penser qu’en pressant le pas je pourrais te voir passer. Quand j’ai vu quelques gars avant toi dans un état assez pitoyable j’ai tout de suite compris que cette fin de course était terrible. J’ai aussi compris que tu ne terminerais pas en moins de 2h45′. Je ne crois pas que j’étais déçu. J’étais surtout assez ému. Ça me fait toujours ça quand j’assiste à un marathon, surtout sur la fin du parcours. Quoi qu’il en soit je reste admiratif de la science avec laquelle tu prépares un marathon et du calme (apparent ?) que tu affichais samedi 🙂

    • Jean-Christophe dit :

      J’étais vraiment zen. Je l’ai dit dans un sous titre, proche d’être détaché ? Je ne crois pas non plus.
      Ça m’a fait plaisir de vous voir en tout cas.

  3. fred dit :

    Je n’ai pas d’expérience mais ton récit me laisse à penser que les circonstances font de ce chrono une performance en soi. Au final tu ne laisses filer que 9′ sur ton RP je crois et il me semble que le temps peut filer plus vite que ça dans le dernier tiers de la course. Tu vas filer encore plus vite à Boston. BRAVO!

  4. jecoursparis dit :

    j’ai fait le relais dans la partie désertique (entre le 20eme et 32eme kilomètre) et je peut comprendre ce que tu as vécu là bas … chapeau pour ton chrono et pour la gestion de la course. Remet toi vite car dimanche on a besoin de toi 😉

  5. Seckler Valérie dit :

    Ah, savoir jusqu’où il faut aller et quand il faut savoir s’arrêter …. vaste sujet pour les coureurs que nous sommes !! je crois que tu as pris la bonne option que celle de partir quand même et d’accepter de t’adapter aux conditions du moment … on apprend toujours d’une telle expérience et comme tu le dis bien , s’arracher à « tout prix » n’aurait pas eu de sens et t’aurait surtout occasionné une récup’ plus laborieuse . Allez bonne récup’ et bonne reprise pour la suite

  6. Monique Durond dit :

    Beau chrono que beaucoup aimerait avoir et CR agréable à lire. Chapeau champion!!

  7. Mais à part ton virus, tu ne penses pas avoir fait de grosses erreurs dans ta prépa ni dans ton organisation. Ou je n’ai pas tout compris.
    Parce qu’au final, dans des conditions pas évidentes, tu fais un p… de super chrono donc la seule leçon que tu devrais retenir c’est que ta prépa était la meilleure possible (et qu’au prochain repas de runner, tu mettras une écharpe et une doudoune) non ?
    Ou tu vas te ballader avec une gourde d’eau de mer à chaque fois que la température dépasse les 20°C ?

    Sinon, je n’ose même pas imaginer les gens loin derrière toi (dont je me sens forcément proche) qui n’ont plus eu d’eau au ravito dans ces conditions.

    • Jean-Christophe dit :

      J’ai su en effet que les marathoniens en plus de 3h30 n’on plus eu d’eau dès le 30e… Galère et carton rouge vif aux organisateurs !
      Je ne remets pas en cause ni ma prépa, ni mon plan d’entrainement. Je m’en veux un peu de ne pas être parti plus prudemment compte tenu des paramètres du jour et de la semaine.
      Pour les repas, oui, en période de préparation, je vais sortir en habit de cosmonaute !

  8. Greg Runner dit :

    Hey! Tu crois que l’équipe Runnosphère aurait été derrière toi avec ma présence?! Je suis sûr que c’est toi qui m’a filé ce foutu virus!!
    Bon, en tout cas, un grand bravo pour cette nouvelle performance. Et j’espère que tu seras en bien meilleure forme pour ton prochain marathon!

  9. A mesure que je lis ton CR je comprends à quel point t’es un athlète vraiment costaud et sérieux. Bravo à toi ! T’as quand même été énorme. Et j’hallucine qu’on soit dans le chipotage pour 1mn sur marathon 😉
    J’aime beaucoup aussi Madame et les enfants qui sont au taquet, à distance !

    • Jean-Christophe dit :

      Ouais t’as vu, je suis musclé des bras 😉

      Avec les enfants tu es toujours premier même à 10′. Et ça c’est tellement sain et bon !
      Quand à mon demi baba, c’est elle la meilleure !

  10. doune dit :

    J’en connais beaucoup de ton niveau qui, voyant qu’ils étaient pas dans la forme du jour, aurait plier le tout à mi-course pour tenter 3 ou 4 semaines plus tard un nouveau gros chrono. Un énorme bravo pour avoir tenu à aller au bout, en plus du chrono stratosphérique.

    Tu aurais bâché si tu ne courais pas aussi pour le club ? La qualification pour Boston est liée à ce résultat ou à un autre ?

    • Jean-Christophe dit :

      Je ne voulais pas repousser car ça induit de prolonger une prépa et ma saison fût déjà bien costaud. D’expérience, cela ne marche pas bien. Il faut se remobiliser à l’entrainement, de nouveau mettre en place le psy pour être fort le jour J. Tout ça ne sort pas d’un chapeau 😉
      J’ai un problème, j’ai beaucoup de mal à bâcher… Non j’aurai fini sauf si ma santé se mettait en danger. Ou alors une abandon en vu d’un objectif prochain. Mais bâcher pour contre perf non, pas moi ça.
      Boston, je suis déjà qualifié avec mon temps à Paris au printemps.
      Allez tout shuss Doune, la belle saison arrive pour toi 😉

  11. DaJo dit :

    J’ai relu ce soir ton récit (fallait bien çà pour l’apprécier à sa juste
    valeur) et il y a 2 phrases qui me laissent baba : « Ma blessure au tendon
    d’Achille s’est estompée au fil des kilomètres. Aucune séance n’a été
    annulée. »
    Je suis épaté. Vraiment épaté. Comment as-tu fait pour soigner et guérir un
    tendon récalcitrant tout en courant 6 fois par semaine ? C’est une vraie
    perf à mes yeux !
    Si tu pouvais nous en dire un peu plus à ce sujet, çà serait vraiment sympa
    et j’encadrerai probablement ton texte…
    Merci !

    • Jean-Christophe dit :

      Pardon pour le délais tu étais en indésirable. 3 x en plus 😉
      Ma recette ? Une grosse prise en main : Glacage deux fois par jour, du stanish aussi avant deux fois jour. Des soins de kiné au tout début de la prépa et surtout un mésothérapeute extraordinaire pour les tendinites.
      Alimentation anti inflammation aussi et c’est passé. Mais si tu relis l’historique, je n’étais sur de rien au début de la prépa.

  12. Jean-Jacques dit :

    Chapeau bas J-C car faire un marathon avec des PB de santé, il faut oser!
    Et surtout j’ai super aimé ton esprit club!
    Bonne prépa pour ton prochain objectif et au plaisir de te voir sur la piste de Malakoff

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